Les troubles musculosquelettiques peuvent s’installer progressivement, au fil de gestes répétés, de manutentions ou de positions inconfortables. Leur prévention repose donc autant sur l’aménagement des postes que sur l’organisation du travail et le choix du matériel. Les salariés, y compris les intérimaires, ont aussi un rôle à jouer en signalant les difficultés rencontrées au quotidien.
TMS : quels risques faut-il prévenir au travail ?
Les troubles musculosquelettiques, ou TMS, touchent notamment les muscles, les tendons et les nerfs. Ils concernent souvent les épaules, les coudes, les poignets et le dos. Le syndrome du canal carpien et certaines tendinopathies en font partie. Le travail peut favoriser leur apparition, les entretenir ou les aggraver.
Le port de charges constitue un facteur de risque, mais il n’est pas le seul. Manipuler de petites pièces pendant plusieurs heures ou travailler régulièrement avec les bras levés peut aussi solliciter fortement le corps.
Ce qui compte, c’est l’accumulation des contraintes : intensité de l’effort, fréquence des gestes, durée passée dans une même position, cadence ou encore temps de récupération.
Les conditions de travail ont donc toute leur importance. Une cadence soutenue, un manque d’autonomie, le froid ou les vibrations peuvent accroître les sollicitations physiques. Pour comprendre où se situent les difficultés, il est souvent nécessaire d’examiner l’ensemble de la journée de travail et pas seulement une tâche isolée.
Quelles actions permettent de prévenir les TMS ?
La prévention repose sur plusieurs leviers complémentaires : l’aménagement des postes, la réduction des manutentions, l’organisation des tâches et la formation.
Avant de modifier quoi que ce soit, il faut comprendre comment le travail est réellement effectué. Les salariés peuvent par exemple expliquer pourquoi ils se penchent à chaque passage, pourquoi un outil est peu utilisé ou pourquoi certaines tâches deviennent plus pénibles quand le rythme s’accélère.
Adapter les postes et les outils aux tâches réalisées
Un bac placé trop bas oblige à se pencher. Un outil rangé derrière soi entraîne des rotations répétées. Ce sont parfois de petits détails, mais leur répétition tout au long de la journée peut finir par peser.
Pour améliorer l’ergonomie du poste de travail, il peut être utile de rapprocher les objets les plus souvent utilisés, d’ajuster certaines hauteurs ou de laisser davantage d’espace pour bouger.
Le matériel doit lui aussi être choisi en fonction de l’activité. Son poids, sa prise en main ou son entretien influencent directement l’effort nécessaire pour travailler.
Avant d’équiper tout un atelier, faire tester le matériel par les personnes qui l’utiliseront permet de repérer plus facilement les limites ou les difficultés qui n’apparaissent pas toujours sur le papier.
Réduire le port de charges et les efforts répétés
La manutention manuelle peut être limitée en réduisant les déplacements inutiles et les soulèvements évitables.
Lorsque la manutention reste nécessaire, certains équipements peuvent alléger les efforts : chariots, convoyeurs, tables élévatrices ou autres aides adaptées aux charges et aux locaux.
Pour un manutentionnaire, l’emplacement des produits joue également un rôle important. Des cartons stockés au sol ou difficiles à atteindre imposent les mêmes contraintes à chaque passage. Revoir les hauteurs de prise et de dépose peut donc être aussi utile que changer de matériel.
Encore faut-il que les équipements restent faciles à utiliser. Un chariot aux roues abîmées ou un passage encombré peut rapidement perdre son intérêt. L’entretien et le rangement font donc pleinement partie de la prévention.
Organiser le travail pour laisser le temps de récupérer
La répétition des gestes dépend aussi de la manière dont les tâches sont réparties.
Alterner les activités peut être utile si les mouvements et les efforts changent réellement. Passer d’un poste à un autre ne réduit pas forcément les sollicitations si les deux demandent les mêmes gestes du poignet ou les mêmes postures.
Les temps de récupération doivent eux aussi être pensés en fonction de l’activité. Ils vont de pair avec la cadence, les effectifs et le volume de travail.
Une pause ponctuelle ne suffit pas à compenser des efforts trop importants tout au long de la journée.
Les périodes de forte activité méritent une attention particulière. En restauration ou en entrepôt, un pic de commandes peut réduire fortement les possibilités de récupération. Ces moments doivent aussi être pris en compte dans l’organisation.
Former les salariés à partir de leur poste
La formation est plus utile lorsqu’elle part de situations réellement rencontrées.
Elle peut porter sur le réglage d’un équipement, l’utilisation d’une aide à la manutention ou la manière de signaler une tâche qui demande trop d’effort.
La formation PRAP, pour prévention des risques liés à l’activité physique, aide notamment à observer son travail, à repérer les risques et à proposer des améliorations.
Les conseils sur les gestes et les postures peuvent être utiles, mais ils viennent en complément des changements apportés au matériel et à l’organisation. Ils ne remplacent pas une action sur les causes du problème.
Comment appliquer ces mesures selon les métiers ?
Les risques ne se présentent pas de la même manière selon les secteurs. Un préparateur de commandes, un opérateur de production ou un employé d’étage ne rencontrent pas les mêmes contraintes.
| Secteur | Situation rencontrée | Changements à étudier |
|---|
| Logistique | Prendre et déposer des cartons à répétition | Revoir les hauteurs de stockage, éviter les déplacements inutiles et prévoir une aide à la manutention |
| Industrie | Assembler des pièces avec les bras éloignés du corps | Rapprocher les pièces et les outils, régler le plan de travail et revoir la répartition des tâches |
| Restauration | Transporter des bacs et travailler sur un plan trop bas | Prévoir des chariots, revoir le rangement et étudier des surfaces de travail réglables |
| Hôtellerie | Faire les lits et déplacer du linge | Étudier les aides à la mise à hauteur des lits, choisir les chariots selon les locaux et dégager les passages |
Ces exemples donnent des pistes, mais les solutions doivent toujours être adaptées au lieu de travail et testées avec les personnes concernées.
Comment mettre en place une démarche de prévention dans l’entreprise ?
La démarche commence par le repérage des situations à risque, puis par le choix des actions à mettre en place en priorité.
Elle s’appuie sur l’évaluation des risques professionnels réalisée par l’employeur. Les risques liés aux TMS sont consignés dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) et donnent lieu à des mesures de prévention.
Les difficultés signalées par les salariés, les observations au poste, les accidents ou les absences peuvent aider à identifier les situations qui nécessitent une action rapide.
Lorsque plusieurs personnes décrivent la même gêne sur une tâche, cela peut par exemple justifier de revoir cette activité sans attendre.
Le plan d’action doit ensuite préciser les changements prévus, leur calendrier et la personne chargée de leur mise en œuvre.
Le service de prévention et de santé au travail, la Carsat ou la Cramif peuvent également accompagner l’entreprise.
Une fois les mesures mises en place, il reste important de vérifier qu’elles fonctionnent réellement. Un équipement peu utilisé peut être mal placé, difficile à régler ou peu adapté à certaines opérations. Les retours des équipes permettent alors d’ajuster ce qui doit l’être.
Quels points vérifier au début d’une mission d’intérim ?
Un nouveau lieu de travail demande toujours un temps d’adaptation, même pour un salarié expérimenté.
Au début de la mission, l’intérimaire doit avoir compris les tâches confiées, les consignes de sécurité et le fonctionnement du matériel. Il doit aussi savoir à qui s’adresser en cas de difficulté.
L’agence d’intérim et l’entreprise utilisatrice préparent la mission en amont en échangeant sur les risques et les compétences nécessaires.
Sur place, l’entreprise utilisatrice assure l’accueil et la formation à la sécurité correspondant au poste. Une formation renforcée est obligatoire pour les intérimaires affectés à des postes présentant des risques particuliers pour leur santé ou leur sécurité.
Si une consigne reste floue ou qu’une charge semble difficile à déplacer avec les moyens disponibles, mieux vaut demander des explications au responsable sur place.
Les échauffements et les étirements suffisent-ils ?
Les échauffements ou les étirements peuvent accompagner une démarche de prévention, mais ils ne remplacent pas les actions sur le poste, le matériel ou l’organisation du travail.
Des exercices physiques peuvent parfois être proposés avec l’accompagnement du service de prévention et de santé au travail. Leur intérêt dépend de l’activité et de la situation des salariés.
Une séance d’échauffement ne corrige toutefois ni un poste mal conçu, ni une cadence trop élevée, ni des efforts excessifs.
Que faire dès les premières douleurs ?
Des douleurs qui reviennent, des fourmillements ou une perte de force ne doivent pas être banalisés.
Un échange avec le médecin traitant ou le médecin du travail permet d’en rechercher l’origine et de voir si les conditions de travail doivent être adaptées.
Le médecin traitant peut rechercher la cause des symptômes et proposer une prise en charge. Le médecin du travail peut, de son côté, examiner le lien éventuel avec l’activité professionnelle et proposer des aménagements.
Avant le rendez-vous, il peut être utile de noter les mouvements qui déclenchent la gêne, le moment où elle apparaît et sa persistance éventuelle après le travail.
Le problème peut aussi être signalé au responsable afin que la tâche concernée soit réexaminée. Pour un intérimaire, prévenir son agence permet également d’échanger avec l’entreprise utilisatrice sur les conditions de la mission.