L’intelligence artificielle est utilisée au travail pour rédiger, traduire, analyser des données ou organiser certaines activités. Elle peut faire gagner du temps, mais expose aussi les entreprises aux erreurs, aux biais et aux fuites d’informations. Son utilisation doit donc être encadrée, notamment lorsqu’elle intervient dans le recrutement ou l’évaluation des salariés.
Qu’est-ce que l’IA au travail ?
L’IA au travail désigne l’utilisation de systèmes capables d’analyser des informations, de produire du contenu ou d’automatiser certaines tâches professionnelles.
Un salarié peut se servir d’un assistant comme ChatGPT, Copilot ou Mistral pour préparer un e-mail, résumer un document ou obtenir une première traduction. L’intelligence artificielle peut également être intégrée à un logiciel de recrutement, un outil de planification ou un système de maintenance.
Toutes ces utilisations ne présentent pas les mêmes enjeux. La reformulation d’un texte présente peu de conséquences si elle est correctement relue. Le classement automatique de candidatures ou l’évaluation des performances peut, en revanche, influencer directement le parcours professionnel d’une personne.
Comment l’intelligence artificielle est-elle utilisée au travail ?
L’IA ne prend pas toujours en charge une mission complète. Elle intervient souvent sur une étape précise, en produisant une première proposition ou en traitant rapidement une grande quantité d’informations.
| Utilisation | Exemple au travail | Point de vigilance |
|---|
| Rédaction | Préparer un e-mail ou un compte rendu | Exactitude du contenu |
| Recherche | Résumer plusieurs documents | Fiabilité des sources |
| Traduction | Produire une première version | Vocabulaire métier |
| Analyse | Comparer des données | Erreurs et biais |
| Organisation | Construire un planning | Critères utilisés |
| Recrutement | Classer des candidatures | Risque de discrimination |
| Service client | Répondre aux questions fréquentes | Données des utilisateurs |
Ces usages peuvent concerner les métiers administratifs, les ressources humaines, la logistique, l’industrie, le commerce ou encore la relation client. Leur pertinence dépend surtout de la qualité de l’outil et de la tâche qui lui est confiée.
Un salarié peut-il utiliser ChatGPT au travail ?
L’utilisation de ChatGPT ou d’un autre service d’IA dépend des règles définies par l’entreprise. L’employeur peut autoriser certains outils, limiter leurs usages ou les interdire lorsqu’ils présentent un risque pour la sécurité des informations.
Un salarié ne doit pas copier dans un service non autorisé un contrat, un fichier client, un document médical, des données personnelles ou une information commerciale confidentielle. Une fois saisies, ces informations peuvent être traitées ou conservées dans des conditions incompatibles avec les obligations de l’entreprise.
Le contenu produit doit également être relu. Une réponse fluide peut contenir une date inventée, un chiffre sans source ou une règle juridique dépassée. Une réponse générée par une IA doit donc être vérifiée avant d’être utilisée ou transmise dans un cadre professionnel.
En l’absence de consigne interne, il est préférable de demander quels outils et quels types de données peuvent être utilisés.
L’employeur peut-il imposer l’utilisation de l’IA ?
L’employeur peut introduire de nouveaux outils dans le cadre de l’organisation du travail. Leur utilisation doit néanmoins rester compatible avec les missions du salarié, son contrat et la réglementation applicable.
Une personne amenée à utiliser régulièrement une IA doit comprendre ce que l’outil peut faire, mais aussi les erreurs qu’il peut produire. L’article 4 de l’AI Act demande ainsi aux entreprises qui fournissent ou utilisent des systèmes d’IA de prendre des mesures d’acculturation adaptées aux personnes concernées.
Cette obligation ne signifie pas que chaque salarié doit suivre la même formation. Le niveau attendu dépend de l’outil, de l’expérience de la personne et des conséquences possibles de son utilisation.
Un salarié peut-il refuser d’utiliser une IA ?
Aucun droit général ne permet de refuser un outil uniquement parce qu’il repose sur l’intelligence artificielle. La situation doit être examinée selon les conséquences sur le poste et les conditions dans lesquelles le système est déployé.
Le salarié peut alerter son employeur si l’outil compromet des données confidentielles, fonctionne de manière illégale ou crée une surveillance excessive. Son accord peut également être nécessaire lorsque le changement entraîne une modification de son contrat de travail.
Il peut demander des précisions sur le fonctionnement du système, les informations analysées et l’utilisation de ses résultats.
Quels sont les droits des salariés face à l’IA ?
L’utilisation d’une IA ne permet pas à l’employeur de s’affranchir des règles déjà applicables au travail. Lorsqu’un système collecte ou analyse des données personnelles, les salariés doivent notamment être informés de l’objectif poursuivi et des informations utilisées.
Le RGPD impose de limiter la collecte à ce qui est nécessaire. Les données ne peuvent pas être réutilisées librement pour un autre objectif. La CNIL rappelle que ces principes s’appliquent dès le recrutement et pendant toute la relation de travail.
La consultation du CSE peut être nécessaire lorsque l’introduction d’une IA entraîne un changement important dans l’organisation, les conditions de travail ou les moyens de contrôle de l’activité.
L’IA peut-elle surveiller ou évaluer les salariés ?
Un employeur peut contrôler l’activité professionnelle, mais le dispositif choisi doit poursuivre un objectif légitime et rester proportionné. Une intelligence artificielle qui analyse en permanence les messages, les déplacements, les frappes au clavier ou le rythme de travail peut porter une atteinte excessive à la vie privée.
Le salarié doit savoir qu’un contrôle existe. Il doit aussi recevoir des informations sur son objectif et sur les données examinées. Un dispositif de surveillance ne peut pas être mis en place de manière dissimulée.
Certaines pratiques sont interdites par l’AI Act. Une entreprise ne peut pas utiliser la reconnaissance des émotions pour déterminer si un salarié est motivé, attentif ou stressé. Des exceptions limitées sont prévues pour des raisons médicales ou de sécurité.
Un score produit par un algorithme ne doit pas être présenté comme une mesure incontestable. Les données peuvent être incomplètes et les critères choisis peuvent désavantager certaines personnes.
Que change l’AI Act pour le recrutement et l’emploi ?
L’AI Act adapte les obligations au niveau de risque présenté par chaque système. Les outils susceptibles d’influencer l’accès à un emploi ou la carrière d’un salarié font l’objet d’une vigilance particulière.
Sont notamment classés comme à haut risque les systèmes destinés à :
- cibler la diffusion d’offres d’emploi ;
- filtrer ou classer des candidatures ;
- évaluer des candidats ;
- contribuer à une promotion ou à une rupture de la relation de travail ;
- attribuer des tâches à partir du comportement ou des caractéristiques d’une personne ;
- mesurer les performances des salariés.
Ces outils ne sont pas interdits, mais ils doivent faire l’objet d’un encadrement renforcé. Les entreprises devront notamment connaître les limites du système, conserver une supervision humaine et informer les salariés ou les candidats lorsque l’outil intervient dans une décision qui les concerne.
Selon le calendrier européen actuel, les obligations propres à ces systèmes à haut risque dans l’emploi doivent s’appliquer à partir du 2 décembre 2027. D’autres dispositions de l’AI Act, comme l’interdiction de certaines pratiques et les mesures d’acculturation, sont déjà entrées en application.
Quels sont les avantages de l’IA au travail ?
L’intelligence artificielle peut réduire le temps consacré à la mise en forme, au classement ou à la recherche d’informations. Elle aide alors le salarié à obtenir plus rapidement une première base de travail.
Dans l’industrie et la logistique, l’analyse de données peut servir à repérer une anomalie, anticiper une panne ou améliorer la sécurité. La transcription, la traduction et certains outils d’assistance peuvent également faciliter l’accès au travail des personnes en situation de handicap.
Ces bénéfices dépendent cependant de la manière dont le système est intégré. Un outil peu fiable ou mal adapté peut ajouter des contrôles, multiplier les corrections et finalement alourdir la charge de travail.
Quels sont les risques de l’IA pour les salariés ?
Les erreurs ne sont pas le seul danger. Une IA entraînée à partir de données qui reflètent des inégalités passées peut les reproduire. Dans un recrutement, elle risque par exemple de favoriser les parcours qui ressemblent aux profils déjà présents dans l’entreprise.
D’autres effets peuvent apparaître avec le temps :
- une perte d’autonomie dans l’organisation du travail ;
- une surveillance plus importante ;
- une dépendance à l’outil ;
- une diminution de certaines compétences ;
- une accélération du rythme attendu ;
- des écarts entre les salariés accompagnés et ceux qui ne le sont pas.
Le manque de préparation reste important. Selon l’étude 2026 de l’Apec, seuls 29 % des cadres déclaraient avoir été formés à l’intelligence artificielle.
L’intelligence artificielle va-t-elle remplacer certains métiers ?
L’IA automatise plus facilement des tâches précises qu’un métier dans son ensemble. Elle peut prendre en charge une partie de la rédaction, du tri, de l’analyse ou de la planification sans accomplir toutes les missions d’un poste.
Ses effets ne seront pas identiques partout. Certains professionnels utiliseront l’IA comme un outil supplémentaire. D’autres verront leurs missions évoluer en profondeur et les entreprises pourront revoir leurs besoins de recrutement.
Les compétences attendues changent également. Savoir poser une question à l’outil ne suffit pas. Il faut être capable de comprendre le sujet, de repérer une incohérence et de décider si le résultat peut réellement être utilisé.
L’enjeu concerne donc autant la transformation des postes que leur éventuelle disparition. Les entreprises devront choisir quelles tâches déléguer, quelles compétences préserver et comment accompagner les personnes dont le métier évolue.
Comment encadrer l’utilisation de l’IA au travail ?
L’entreprise doit définir un cadre suffisamment clair pour être appliqué au quotidien. Celui-ci peut préciser les outils autorisés, les tâches qui peuvent leur être confiées et les informations qui ne doivent jamais être saisies.
Il doit également désigner les personnes chargées de valider les usages sensibles, prévoir un moyen de signaler un problème et être mis à jour lorsque les outils ou la réglementation évoluent.
L’intelligence artificielle peut devenir une aide réelle lorsqu’elle répond à un besoin identifié. Son déploiement ne doit pas se résumer à ajouter un logiciel. Il suppose de regarder ses effets concrets sur le métier, la charge de travail et l’autonomie des salariés.