Quand on perd son emploi, qu’on tombe malade, qu’on est licencié ou qu’on prépare sa retraite, une question revient souvent : sur quelle base mes droits vont-ils être calculés ? Cette base, c’est ce que l’on appelle généralement le salaire de référence.
Mais attention : le salaire de référence ne se calcule pas toujours de la même manière. La période retenue, les éléments de rémunération pris en compte et la formule appliquée varient selon le droit concerné. Le calcul ne sera pas le même pour une allocation chômage, une indemnité journalière maladie, une indemnité de licenciement ou une pension de retraite.
En 2026, plusieurs règles doivent donc être bien distinguées, notamment depuis l’évolution du SMIC au 1er juin 2026, les règles actuelles de calcul du salaire journalier de référence pour le chômage et les plafonds applicables aux indemnités journalières maladie.
Qu’est-ce que le salaire de référence ?
Le salaire de référence correspond à la base de rémunération utilisée pour calculer certains droits sociaux ou certaines indemnités. Il sert à déterminer le montant auquel un salarié peut prétendre dans une situation donnée : arrêt maladie, chômage, licenciement, rupture conventionnelle, accident du travail ou retraite.
Dans la plupart des cas, il s’agit d ’une moyenne des rémunérations brutes perçues sur une période précise. Cette période peut être de 3 mois, 12 mois, 24 mois, 36 mois ou même 25 années selon le calcul concerné.
Le salaire de référence peut inclure le salaire de base, certaines primes, les commissions, les gratifications, les heures supplémentaires ou encore les avantages en nature. En revanche, certains éléments comme les remboursements de frais professionnels ou les indemnités de rupture ne sont généralement pas intégrés dans la base de calcul.
Il ne faut donc pas retenir une seule définition universelle. Le bon réflexe consiste à toujours se demander : “Quel droit suis-je en train de calculer ?” C’est cette réponse qui permet d’identifier la bonne période de référence et les bons éléments de salaire à prendre en compte.
À quoi sert le salaire de référence ?
Le salaire de référence sert à éviter un calcul arbitraire des droits du salarié. Il permet de s’appuyer sur une base objective, généralement liée aux rémunérations réellement perçues avant l’événement concerné.
En cas d’arrêt maladie, il permet de calculer les indemnités journalières versées par l’Assurance Maladie. En cas de fin de contrat, il sert à déterminer le salaire journalier de référence utilisé pour calculer l’allocation chômage. En cas de licenciement, il permet de fixer le montant de l’indemnité légale ou conventionnelle due au salarié.
Ce mécanisme est aussi utile pour vérifier un calcul. Un salarié peut comparer les montants retenus avec ses bulletins de salaire, identifier les primes oubliées ou repérer une période de référence mal appliquée.
Connaître son salaire de référence permet donc d’anticiper ses droits, mais aussi de contester un calcul si celui-ci ne correspond pas à la situation réelle.
Quels éléments sont inclus dans le salaire de référence ?
Les éléments inclus dans le salaire de référence dépendent du droit concerné, mais certains revenus sont généralement pris en compte lorsqu’ils ont la nature de salaire.
On retrouve notamment le salaire de base brut, les primes régulières, les commissions, les gratifications, les avantages en nature et, selon les cas, les heures supplémentaires ou complémentaires. Les primes prévues par le contrat de travail, la convention collective ou les usages de l’entreprise peuvent aussi entrer dans le calcul.
Par exemple, une prime d’ancienneté, une prime de 13e mois, une prime de vacances ou des commissions commerciales peuvent être intégrées lorsqu’elles correspondent à une rémunération liée au travail du salarié.
Il faut toutefois rester prudent : une prime peut être prise en compte dans un calcul et pas dans un autre. Le calcul du salaire de référence pour une indemnité de licenciement ne suit pas exactement les mêmes règles que le calcul du salaire journalier de référence pour le chômage ou que celui des indemnités journalières maladie.
Quels éléments sont exclus du salaire de référence ?
Certains éléments ne sont pas considérés comme du salaire de référence, même s’ils apparaissent sur un bulletin de paie ou dans le solde de tout compte.
Les remboursements de frais professionnels sont généralement exclus, car ils ne rémunèrent pas le travail du salarié. Ils compensent une dépense engagée pour l’activité professionnelle : frais de déplacement, frais de repas, hébergement, indemnités kilométriques ou frais liés à une mission.
Les indemnités de rupture, comme l’indemnité de licenciement ou l’indemnité spécifique de rupture conventionnelle, ne servent pas non plus de base au calcul du salaire de référence. Elles indemnisent la rupture du contrat, mais ne correspondent pas à un salaire de travail.
De la même manière, les indemnités compensatrices de congés payés, certaines indemnités exceptionnelles ou les sommes qui n’ont pas la nature de rémunération peuvent être exclues selon le calcul concerné.
Pour éviter les erreurs, il faut donc distinguer ce qui rémunère le travail du salarié et ce qui indemnise une situation particulière.
La période de calcul du salaire de référence
La période de calcul du salaire de référence varie selon le droit concerné. C’est l’une des erreurs les plus fréquentes : appliquer la même période à tous les calculs.
Pour l’indemnité de licenciement, l’employeur doit comparer deux méthodes : la moyenne mensuelle des 12 derniers mois précédant le licenciement et la moyenne mensuelle des 3 derniers mois. Le montant le plus favorable au salarié doit être retenu.
Pour les indemnités journalières maladie, la période de référence correspond en principe aux 3 mois civils précédant l’arrêt de travail. En cas d’activité discontinue ou saisonnière, le calcul peut se faire sur les 12 derniers mois.
Pour les allocations chômage, la logique est différente. On parle de salaire journalier de référence, ou SJR. Il est calculé à partir des rémunérations perçues sur une période de référence qui dépend de l’âge du demandeur d’emploi : 24 mois pour les moins de 55 ans et 36 mois pour les 55 ans et plus.
Pour la retraite, on ne parle pas du même salaire de référence au sens strict. Le calcul de la retraite de base du salarié du privé repose sur le revenu annuel moyen, c’est-à-dire la moyenne des salaires bruts des 25 meilleures années.
Salaire de référence en cas d’arrêt maladie
En cas d’arrêt de travail pour maladie, le salaire de référence est utilisé pour calculer les indemnités journalières versées par l’Assurance Maladie.
Pour un salarié mensualisé, le calcul repose en principe sur les salaires bruts des 3 mois civils précédant l’arrêt de travail. Par exemple, si un arrêt débute le 15 avril, les salaires de janvier, février et mars peuvent servir de base au calcul.
Le salaire journalier de base est obtenu en additionnant les salaires bruts retenus sur ces 3 mois, puis en divisant le total par 91,25. L’indemnité journalière maladie correspond ensuite à 50 % de ce salaire journalier de base, dans la limite du plafond applicable.
En 2026, il faut tenir compte d’un point important : les salaires retenus pour le calcul sont plafonnés. Pour les arrêts prescrits en juin 2026, le montant maximal de l’indemnité journalière maladie de base est de 41,95 € bruts par jour. Pour les arrêts prescrits à compter de juillet 2026, ce montant maximal est de 42,97 € bruts par jour.
Exemple de calcul en cas d’arrêt maladie
Un salarié perçoit 2 100 € brut par mois au cours des 3 mois précédant son arrêt.
Le total des salaires bruts retenus est donc :
2 100 € × 3 = 6 300 €
Le salaire journalier de base est calculé ainsi :
6 300 € / 91,25 = 69,04 €
L’indemnité journalière maladie correspond à 50 % de ce montant :
69,04 € × 50 % = 34,52 € brut par jour
Dans cet exemple, l’indemnité journalière reste inférieure au plafond applicable. Elle peut donc être versée sur cette base, sous réserve des conditions d’ouverture des droits et du délai de carence.
Salaire journalier de référence et chômage : quelles règles en 2026 ?
Pour le chômage, on ne parle pas seulement de salaire de référence, mais de salaire journalier de référence, souvent appelé SJR. C’est l’un des éléments utilisés par France Travail pour calculer le montant de l’allocation d’aide au retour à l’emploi.
En 2026, le SJR est calculé à partir des rémunérations brutes perçues pendant une période de référence de :
- 24 mois pour les demandeurs d’emploi de moins de 55 ans ;
- 36 mois pour les demandeurs d’emploi de 55 ans et plus.
Cette période est comptée en jours calendaires entre le premier et le dernier jour de travail retenus dans la période de référence. Cela signifie que le calcul ne repose pas uniquement sur les jours travaillés, mais sur une période complète, avec des règles spécifiques en cas d’arrêt maladie, de congé maternité, de congé parental ou d’autres interruptions.
Les salaires pris en compte sont les rémunérations brutes soumises à contributions d’assurance chômage : salaire de base, primes, commissions, gratifications ou avantages en nature. Certaines sommes liées à la rupture du contrat ou aux frais professionnels ne sont pas intégrées.
Comment est calculée l’allocation chômage à partir du SJR ?
Le montant brut journalier de l’allocation chômage est calculé en comparant plusieurs résultats.
France Travail retient le montant le plus favorable entre :
- 40,4 % du SJR + 13,18 € ;
- 57 % du SJR ;
- l’allocation minimale, fixée à 32,13 € par jour.
Ce montant reste toutefois plafonné : l’allocation journalière ne peut pas dépasser 75 % du SJR. Les montants peuvent être proratisés en cas de travail à temps partiel.
Exemple de calcul du SJR
Un salarié de 45 ans perd son emploi après avoir travaillé de manière continue pendant 24 mois. Il a perçu en moyenne 2 000 € brut par mois.
Le total de ses rémunérations brutes est donc :
2 000 € × 24 = 48 000 €
Si la période de référence compte 730 jours calendaires, le SJR est calculé ainsi :
48 000 € / 730 = 65,75 €
L’allocation journalière brute est ensuite calculée en comparant :
40,4 % × 65,75 € + 13,18 € = 39,74 €
et
57 % × 65,75 € = 37,48 €
Dans cet exemple, le premier montant est le plus favorable. L’allocation journalière brute serait donc d’environ 39,74 €, sous réserve des règles applicables à la situation du demandeur d’emploi.
Salaire de référence en cas de licenciement
Le salaire de référence est indispensable pour calculer l’indemnité légale de licenciement. Cette indemnité est due au salarié en CDI licencié, sauf exceptions, lorsqu’il remplit les conditions d’ancienneté prévues.
Pour déterminer le salaire de référence, deux méthodes doivent être comparées :
- la moyenne mensuelle des 12 derniers mois précédant le licenciement ;
- la moyenne mensuelle des 3 derniers mois précédant le licenciement.
L’employeur doit retenir la méthode la plus favorable au salarié. Si le salarié a moins de 12 mois d’ancienneté, la moyenne est calculée sur l’ensemble des mois précédant le licenciement.
Dans la méthode des 3 derniers mois, les primes annuelles ou exceptionnelles doivent être intégrées au prorata. Par exemple, si une prime annuelle a été versée, il faut ajouter un douzième de cette prime à chacun des 3 mois retenus.
Quels éléments sont pris en compte ?
Pour l’indemnité de licenciement, le salaire de référence peut inclure le salaire de base brut, les primes obligatoires, les commissions, les gratifications, les avantages en nature et les heures supplémentaires ou complémentaires.
En revanche, les remboursements de frais professionnels, l’indemnit é de licenciement elle-même ou certaines sommes versées à l’occasion de la rupture ne sont pas prises en compte dans le salaire de référence.
Exemple de calcul d’une indemnité de licenciement
Un salarié a 12 ans d’ancienneté et un salaire de référence de 1 600 € brut par mois.
L’indemnité légale est calculée ainsi :
- 1/4 de mois de salaire par année d’ancienneté pour les 10 premières années ;
- 1/3 de mois de salaire par année d’ancienneté à partir de la 11e année.
Le calcul est donc :
1 600 € × 1/4 × 10 = 4 000 €
puis :
1 600 € × 1/3 × 2 = 1 066,67 €
Le montant total de l’indemnité légale de licenciement est donc :
4 000 € + 1 066,67 € = 5 066,67 €
La convention collective peut prévoir un montant plus favorable. Dans ce cas, c’est le montant le plus avantageux pour le salarié qui s’applique.
Salaire de référence et rupture conventionnelle
En cas de rupture conventionnelle, le salarié perçoit une indemnité spécifique de rupture conventionnelle. Son montant ne peut pas être inférieur à l’indemnité légale de licenciement.
Dans la pratique, le calcul repose donc sur une logique proche de celle de l’indemnité de licenciement. Il faut déterminer le salaire de référence, comparer les méthodes de calcul applicables et vérifier si la convention collective prévoit une indemnité plus favorable.
La rupture conventionnelle étant négociée entre l’employeur et le salarié, le montant final peut être supérieur au minimum légal. Le salaire de référence sert alors de base pour vérifier le minimum dû, mais il ne limite pas la possibilité de négocier une indemnité plus élevée.
Salaire de référence en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle
En cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle, le calcul des indemnités journalières ne suit pas exactement les mêmes règles que pour un arrêt maladie classique.
L’indemnité journalière est calculée à partir du salaire journalier de base. Pendant les 28 premiers jours d’arrêt, elle correspond à 60 % de ce salaire journalier de base, dans la limite du plafond applicable. À partir du 29e jour d’arrêt, elle passe à 80 % du salaire journalier de base.
En 2026, les montants maximums sont plafonnés. Au 1er janvier 2026, l’indemnité journalière pour accident du travail ou maladie professionnelle ne peut pas dépasser 240,49 € pendant les 28 premiers jours, puis 320,66 € à partir du 29e jour.
Cette différence explique pourquoi il ne faut pas confondre arrêt maladie classique et arrêt lié à un accident du travail ou une maladie professionnelle : la base de calcul et les taux d’indemnisation ne sont pas les mêmes.
Salaire de référence et retraite : attention à ne pas confondre
Pour la retraite, le terme salaire de référence est parfois utilisé dans le langage courant, mais le calcul ne fonctionne pas comme pour le chômage, l’arrêt maladie ou le licenciement.
Pour la retraite de base d’un salarié du privé, on parle plutôt de revenu annuel moyen. Il correspond à la moyenne des salaires bruts soumis à cotisations retraite pendant les 25 meilleures années de la carrière.
Le montant de la retraite de base dépend ensuite de trois éléments :
- le revenu annuel moyen ;
- le taux de la pension ;
- la durée d’assurance retraite validée par rapport à la durée nécessaire pour obtenir une pension à taux plein.
Si le salarié a travaillé moins de 25 ans, la moyenne est calculée sur l’ensemble des années travaillées. En revanche, les revenus de l’année de départ à la retraite ne sont pas pris en compte.
Cette distinction est importante : le calcul de la retraite ne repose pas sur les 3 derniers mois, les 12 derniers mois ou les 24 derniers mois, mais sur les meilleures années de carrière.
Salaire de référence et intérim : quelles particularités ?
Pour les salariés intérimaires, le salaire de référence peut être plus complexe à calculer, car les missions peuvent être successives, discontinues ou réalisées auprès de plusieurs entreprises utilisatrices.
En intérim, le salarié doit bénéficier d’une rémunération au moins équivalente à celle que percevrait un salarié de qualification équivalente occupant le même poste dans l’entreprise utilisatrice. Cette règle permet de garantir une égalité de traitement entre salariés intérimaires et salariés permanents.
Pour le chômage, France Travail prend en compte les rémunérations brutes perçues pendant la période de référence applicable : 24 mois pour les moins de 55 ans, 36 mois à partir de 55 ans. Les périodes de mission, les salaires variables et les interruptions peuvent donc influencer le calcul du salaire journalier de référence.
Les indemnités propres à l’intérim doivent aussi être distinguées. L’indemnité de fin de mission et l’indemnité compensatrice de congés payés peuvent être versées sous conditions, mais elles ne doivent pas être confondues avec le salaire de base.
Exemple pour un salarié intérimaire
Un intérimaire de 56 ans a enchaîné plusieurs missions pendant 3 ans, avec des revenus variables selon les mois.
Pour calculer son allocation chômage, la période de référence peut s’étendre sur 36 mois, car il a 55 ans ou plus. France Travail prendra en compte ses rémunérations brutes sur cette période, selon les règles applicables, puis divisera le salaire de référence par le nombre de jours calendaires retenus.
Son SJR reflétera donc son activité sur une période longue, avec les effets liés aux missions successives, aux périodes non travaillées et aux éventuelles règles de neutralisation ou de reconstitution.
Comment vérifier son salaire de référence ?
Pour vérifier son salaire de référence, il faut commencer par réunir les bons documents : bulletins de salaire, contrat de travail, avenants, attestations France Travail, arrêt de travail, solde de tout compte ou notification de licenciement selon la situation.
Il faut ensuite identifier le droit concerné. Le calcul ne sera pas le même pour une indemnité de licenciement, une allocation chômage ou des indemnités journalières maladie.
La période retenue doit aussi être contrôlée. Une erreur sur la période de référence peut modifier fortement le montant obtenu. Par exemple, utiliser 12 mois au lieu de 24 mois pour le chômage peut fausser le calcul du SJR.
Enfin, il faut vérifier les éléments inclus et exclus. Une prime régulière oubliée, un remboursement de frais intégré à tort ou une indemnité de rupture mal prise en compte peuvent entraîner un résultat incorrect.
Pourquoi est-il important de connaître son salaire de référence ?
Connaître la mécanique du salaire de référence n’est pas seulement utile aux services RH ou aux organismes sociaux. C’est aussi un moyen pour le salarié de mieux comprendre ses droits.
Cela permet d’anticiper le montant d’une indemnité avant une rupture de contrat, d’estimer ses allocations avant une fin de mission, de vérifier les indemnités journalières en cas d’arrêt maladie ou de mieux comprendre le calcul de sa future retraite.
C’est aussi un outil de vérification en cas de désaccord. Si un montant paraît trop faible, le salarié peut reprendre les bulletins de salaire, vérifier la période retenue et comparer le calcul avec les règles applicables.
En cas de doute, il peut demander des explications à son employeur, à son agence d’intérim, à France Travail, à l’Assurance Maladie ou à un conseiller spécialisé. La convention collective peut également prévoir des règles plus favorables que le minimum légal.
Le salaire de référence est donc une notion technique, mais essentielle : bien le comprendre permet de mieux défendre ses droits et d’éviter les erreurs de calcul.